⚖️ Justice fiscale · Inégalités

L'impôt qui
protège les riches

En France, un salarié au SMIC paye proportionnellement plus d'impôts qu'un milliardaire. Ce n'est pas un accident — c'est le résultat de décennies de choix politiques qui ont allégé la fiscalité du capital et alourdi celle du travail. Les chiffres sont là, ils sont vérifiables.

80 Md€
perdus chaque année en fraude fiscale des entreprises
soit 4 fois le budget de l'éducation nationale
La réalité en chiffres

Des inégalités fiscales
documentées

Ces données proviennent de rapports officiels, de l'INSEE, de l'OCDE et de chercheurs reconnus comme Gabriel Zucman ou Thomas Piketty.

🏆 Taux effectif
26 %
taux effectif d'imposition des 1 % les plus riches
Contre 48 % pour les classes moyennes (revenus 2 000–4 000 €/mois) quand on additionne IR, CSG, cotisations. Le capital (dividendes, plus-values) est taxé à taux fixe (PFU 30 %), quand le travail supporte un taux marginal de 70 %+. (Zucman & Saez, 2019 — données France)
🏭 Fraude patronale
80 Md€
de fraude fiscale des entreprises chaque année
Selon le Syndicat Solidaires Finances Publiques, la fraude fiscale des entreprises représente entre 60 et 80 milliards d'euros par an en France. Optimisation via prix de transfert, paradis fiscaux, holdings. Les contrôles fiscaux récupèrent environ 14 Md€ — soit 17 % du total. (DGFiP 2023)
💰 Patrimoine
50 %
du patrimoine national détenu par les 10 % les plus riches
En France, les 10 % les plus riches possèdent 50 % du patrimoine total. Les 50 % les moins riches en possèdent moins de 5 %. Cette concentration s'est accélérée depuis 2008 — la crise financière a enrichi les détenteurs d'actifs. (INSEE Références 2023)
🎁 Niches fiscales
100 Md€
de dépenses fiscales (niches) accordées chaque année
L'État renonce à plus de 100 milliards d'euros par an via 474 niches fiscales recensées. La moitié bénéficie aux entreprises et aux ménages aisés. Moins de 20 % sont évaluées comme efficaces. Ce manque à gagner pèse sur les services publics. (PLF 2024, annexe Voies et Moyens)
🌍 Paradis fiscaux
37 %
des profits des multinationales françaises logés dans des paradis fiscaux
Près de 37 % des profits déclarés par les multinationales françaises le sont dans des pays à très faible fiscalité (Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Bermudes…). Ce n'est pas illégal — mais c'est de l'optimisation agressive qui prive les États de ressources. (Tørsløv, Wier, Zucman — NBER 2022)
📉 ISF supprimé
3,5 Md€
perdus chaque année depuis la suppression de l'ISF en 2018
La transformation de l'ISF en IFI (limité à l'immobilier) a fait perdre 3,5 milliards d'euros par an de recettes fiscales. Les partisans de la suppression promettaient un retour de capitaux — qui n'a pas été observé à la hauteur promise. (Comité d'évaluation des réformes, 2023)
Comprendre le système

Trois régimes fiscaux,
trois vitesses

Le système fiscal français traite très différemment les revenus du travail, ceux du capital et la fiscalité des grandes entreprises. Ce n'est pas une loi naturelle — c'est une construction politique.

👷

Le travail

Les salariés paient l'impôt sur le revenu (barème progressif jusqu'à 45 %), la CSG (9,2 %), la CRDS (0,5 %) et les cotisations sociales. Au total, un cadre moyen peut être taxé à plus de 50 % sur sa tranche haute.

Taux marginal effectif pour un cadre à 5 000 €/mois : ~52 %
📈

Le capital

Les revenus du capital (dividendes, plus-values, intérêts) sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % depuis 2018 — flat tax créée par le gouvernement Macron. Plus le patrimoine est grand, plus ce taux est avantageux par rapport au barème progressif.

Taux effectif d'un rentier millionnaire : ~26 %
🏢

Les grandes entreprises

Le taux légal de l'IS est de 25 %. Mais les grandes entreprises (CAC 40) paient en moyenne 14–16 % grâce aux crédits d'impôt (CIR, CICE…), aux prix de transfert et aux déficits reportables. Les PME, sans ces outils, paient souvent plus.

IS effectif des entreprises du CAC 40 : ~14 %
Simulateur

Combien paies-tu
vraiment ?

Ce simulateur calcule ton impôt sur le revenu selon le barème progressif 2024 (revenus 2023). Il ne remplace pas une déclaration officielle — mais il montre la logique du système.

La fraude fiscale

Ce qu'on ne nomme
presque jamais

La fraude sociale des chômeurs ou des allocataires fait régulièrement la une. La fraude fiscale des grandes entreprises — 5 à 10 fois supérieure — est presque absente du débat public.

Fraude aux prestations sociales
~4 Md€/an
Très médiatisée — contrôles renforcés, sanctions immédiates
Fraude fiscale des entreprises
~80 Md€/an
Peu médiatisée — 14 Md€ récupérés, pas de prison ferme pour les dirigeants
🏦

Prix de transfert

Une filiale française vend ses produits à sa filiale irlandaise à prix cassé pour déclarer ses bénéfices là-bas (IS à 12,5 % au lieu de 25 %). Pratique courante, légale, peu sanctionnée.

🏝️

Paradis fiscaux

Luxembourg, Bermudes, Îles Caïmans — des filiales "boîtes aux lettres" y domicilient les profits. 37 % des bénéfices des multinationales françaises y transitent.

📋

Déficits artificiels

Des redevances sur les marques ou brevets gonflées, des intérêts de prêts intra-groupe — autant de mécanismes pour créer des charges déductibles et réduire le bénéfice imposable.

Le coût caché

200 milliards d'euros
d'aides aux entreprises

Chaque année, l'État français verse ou renonce à plus de 200 milliards d'euros au profit des entreprises. Sans évaluation systématique de leur efficacité.

20 Md€

Crédit d'Impôt Recherche (CIR)

La France a le CIR le plus généreux de l'OCDE. Mais plusieurs évaluations (Cour des Comptes, OCDE) montrent qu'il profite surtout aux grands groupes, qui l'utilisent pour des activités peu innovantes.

70 Md€

Exonérations de cotisations sociales

Allègements Fillon, réductions sur les bas salaires, apprentissage… Au total, l'État compense 70 Md€ de cotisations patronales. L'effet sur l'emploi est réel mais concentré sur les emplois peu qualifiés — pas sur la compétitivité industrielle.

8 Md€

Niches IS : déficits reportables

Les grandes entreprises peuvent reporter indéfiniment leurs déficits passés sur leurs bénéfices futurs. Ce mécanisme bénéficie exclusivement aux groupes ayant les reins suffisamment solides pour survivre à leurs pertes.

3,5 Md€

Flat tax (PFU) — cadeau aux actionnaires

La création du PFU à 30 % en 2018 a aligné la fiscalité des dividendes sur celle d'un ouvrier au taux marginal de 30 % — là où les actionnaires les plus riches payaient avant bien plus via le barème progressif.

Ce qu'on peut faire

7 propositions
concrètes

Ces mesures sont débattues par des économistes, défendues par des mouvements citoyens, appliquées dans d'autres pays. Elles ne sont pas utopiques — elles sont des choix politiques.

01

Rétablir l'ISF vert

Réintroduire un impôt sur la fortune, élargi aux actifs financiers, avec une décote pour les investissements dans la transition écologique. Rendement estimé : 10–15 Md€/an.

Redistribution
02

Supprimer la flat tax

Réintégrer les revenus du capital dans le barème progressif de l'IR. Les revenus du capital seraient taxés comme les revenus du travail — principe d'équité horizontale. Rendement : 3–5 Md€/an.

Équité
03

Conditionner les aides aux entreprises

Toute aide publique (CIR, exonérations) conditionnée à : pas de licenciements l'année suivante, pas de versement de dividendes supérieurs aux salaires médians, siège fiscal en France.

Conditionnalité
04

Taxe mondiale sur les milliardaires

La proposition de Gabriel Zucman pour le G20 : une taxe minimale de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 1 milliard d'euros. Rendement mondial estimé : 250 Md$/an. La France peut montrer l'exemple.

International
05

Renforcer les contrôles fiscaux

La DGFiP a perdu 30 % de ses effectifs en 15 ans. Recruter 5 000 agents spécialisés dans la fraude des grandes entreprises permettrait de récupérer 10 Md€ supplémentaires par an — l'investissement se rembourse.

Contrôle
06

Transparence fiscale obligatoire

Publier les résultats fiscaux de toutes les entreprises de +50 salariés, pays par pays. Ce reporting public existe déjà en Norvège — les entreprises n'ont pas quitté le pays. La transparence change les comportements.

Transparence
07

Réviser les niches fiscales

Évaluer systématiquement les 474 niches fiscales (100 Md€/an) et supprimer celles sans effet démontré. La Cour des Comptes le demande depuis 2010. Ces 20 % inefficaces représentent environ 20 Md€ de marges de manœuvre.

Efficacité
Un monde différent est possible

L'impôt est un choix politique,
pas une loi naturelle

Chaque règle fiscale a été écrite par des humains, sous l'influence de lobbys, de rapports de force, de majorités politiques. Elle peut être réécrite. La justice fiscale n'est pas un rêve — c'est la norme dans plusieurs démocraties qui ne s'en portent pas plus mal. Ce sont des choix. Et les choix appartiennent aux citoyens.

Sources & références

Toutes les données sont vérifiables

  • Zucman G. & Saez E. — The Triumph of Injustice, Norton, 2019 — taux effectifs d'imposition par décile de patrimoine
  • Tørsløv, Wier, Zucman — Missing Profits of Nations, NBER Working Paper 24701, 2022 — profits dans les paradis fiscaux
  • INSEE — Les inégalités de patrimoine en France, INSEE Références 2023
  • Solidaires Finances Publiques — Rapport annuel sur la fraude fiscale, 2023
  • Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP) — Rapport d'activité 2023
  • Projet de Loi de Finances 2024 — Annexe Voies et Moyens, tome II (dépenses fiscales)
  • Cour des Comptes — Les dépenses fiscales, rapport thématique 2023
  • Comité d'évaluation des réformes de la fiscalité du capital — Rapport 2023 (France Stratégie)
  • OCDE — Tax Policy Reforms 2023, OCDE Publishing
  • Défenseur des droits — Rapport annuel d'activité 2022